*  FABRICATION  DES  LAMES  *

  •   a) LAMES FORGEES (voir schéma ci-dessus).
 
  • L'acier est porté à température de "formage", c'est à dire un créneau de température permettant la mise en forme de la lame (1000-1100°C). La lame est ensuite forgée. Cette opération était naguère, réalisée à l'aide de marteaux et d'enclumes. Certains artisans continuent aujourd'hui à exercer leurs arts de cette manière afin de réaliser des couteaux "customs" d'intérêts.
  •   Aujourd'hui certaines entreprises employant la technique de FORGE utilisent des presses hydrauliques (Forge de Laguiole, couteaux Sabatier). Dans ces entreprises l'acier incandescent est frappé par des presses hydrauliques développant des pressions de 300 à 500 tonnes.

  • LA FORGE DITE TRADITIONNELLE . (A gauche sur le schéma)

  • C'est la méthode la plus classique pour obtenir une pièce forgée. La pièce est forgée à partir d'une tôle de forte épaisseur. Celle ci est découpée selon une forme prédéfinie qui dépend de la forme de la pièce finale (pour un couteau classique, il s'agit d'une forme en S).
  • Cette pièce, appelée « crampon », est ensuite chauffée dans un four puis forgée. Cette méthode utilise la forge pour sa capacité à obtenir des pièces massives. Le couteau ainsi obtenu est constitué d'une seule et même pièce, et est entièrement forgé.

  • LE BARREAU RETREINT FORGE (à droite sur le schéma)

  • Il s'agit de la méthode de réalisation de couteaux de cuisine forgés la plus répandue en Europe.
  • La première étape consiste à former une masse de métal sur un barreau d'acier à l'emplacement de la future mitre. Pour se faire, on fait appel à la technique du refoulage : la zone ciblée est chauffée, la bande d'acier est « comprimée » de part et d'autre, l'acier se déforme localement et forme un amas de matière.
  • La deuxième étape consiste à forger la masse de métal obtenue ainsi que la lame et la soie.
  • Comme la méthode "traditionnelle", cette méthode utilise la forge uniquement pour sa capacité à obtenir des pièces massives. Dans les deux cas, le couteau n'est pas seulement constitué d'une seule et même pièce mais il est surtout entièrement forgé. L'avantage de la technique du barreau rétreint forgé consiste en la facilité d'automatiser ce procédé. Les chûtes de matières sont également plus faibles. 

  • TREMPE : Les lames sont brutalement refroidies généralement dans un bain d'huile ou d'eau salée. Cette opération leur procure la dureté, qualité nécessaire à l'obtention d'un bon tranchant. (Voir les articles sur la trempe).

  • REVENU : Les lames trempées sont très dures mais très cassantes, difficilement utilisables en l'état. Afin de rendre ces lames plus flexible (mais de dureté inférieure), on les soumet à une étape appelée "LE REVENU"; les lames trempées sont lentement chauffées à température de revenu, puis laissées revenir lentement à température ambiante. En modifiant la température de revenu, on peut obtenir des lames plus ou moins dures, plus ou moins souples et ceci à partir de lames issues du même acier, forgées et trempées de la même manière. Prenons le cas de l'acier 440C: Forgées à 1060°C, puis trempées à l'huile, sa dureté oscillera entre 60-61 HRC (Rockwell: unité de mesure utilisée pour mesurer la dureté d'un métal); après une étape de revenu à 200°C sa dureté sera de 58 HRC; à 300°C celle-ci tombera à 56 HRC et à 350°C, cette dureté ne sera plus que de 55 HRC (Couteau inox beaucoup plus souple). 

 


-  b) TECHNIQUE DU "STOCK REMOVAL".  (voir schéma ci-dessus).


  • L'artisan coutelier (ou la PME) achète à l'aciérie des biseaux appropriés; ceux-ci peuvent être des biseaux simples ou bien des biseaux doubles en fonction du type de lames à réaliser. L'artisan trace alors le dessin de la lame sur le biseau.
  • Découpage: La plaque d'acier est découpée et sablée à l'aide de divers outils (scies à ruban, limes et divers abrasifs) jusqu'à l'obtention du profil désiré. Les PME en coutellerie réalise le découpage des lames au moyen de puissants emporte-pièces (opération souvent automatisée) . La plaque d'acier est ensuite  rectifiée et sablée.
  • Emouture : Etape essentielle consistant en partant d'un lingot, d'un biseau qui est soit aciéré soit forgé, de donner par arrachement de métal, la forme qui donnera la coupe à la lame. Des lignes guides sont tracées sur chaque côté de la lame pour réaliser l'émouture (partie de la lame qui s'amincit pour former le tranchant).  L'émouture est réalisée à l'aide d'une ponceuse à bande. Des bandes abrasives de différents grains permettent d'obtenir un fini lisse et sans égratignure.
  • Traitement thermique: Dans l'état actuel, la lame n'est pas assez dure pour conserver son tranchant. La lame est donc chauffée à 1000-1100°C et subira une opération de trempe et de revenu comme dans le cas des lames forgées. Seul l'opération de trempe permettra d'obtenir de l'acier MARTENSITIQUE de dureté élevée (voir la rubrique "trempe"). Après le traitement thermique, la lame est recouverte d'une couche d'oxydation qui doit être enlevée; La lame est donc sablée avec des abrasifs de plus en plus fins et ensuite polie à l'aide de meules de coton et de pâtes abrasives.
  • Nota: Les artisans et les PME réalisent eux mêmes le traitement thermique d'aciers simples tels que les aciers "au carbone" et certains aciers alliés tels que 420 - 440 - 12C27 etc ... Par contre, les aciers performants d'aujourd'hui tels que l'ATS-34, VG-10, 19C27 nécessitent des trempes sous atmosphères inertes à pressions contrôlées (Argon), voir au gradient strictement régulé de la baisse de température, suivi d'un traitement cryogénique à l'azote liquide. Dans ce cas, seul des entreprises spécialisées ou la propre aciérie possèdent la technologie nécessaire pour mener à bien ces opérations délicates. Il faut reconnaître que la supériorité actuelle de la coutellerie nippone est dû au fait que les artisans et les PME travaillent à quelques Km des aciéries et en étroites collaborations avec celles-ci. Les couteliers japonais, disposant ainsi de la meilleure technologie, produisent souvent des couteaux d'exceptions. 

-  c) LAMES ECONOMIQUES 


  • Nous avons vu dans les chapitres précédents comment étaient fabriquées les lames trempées. Ce traitement thermique coûte cher ! C'est pour cela que les aciéries produisent également des rouleaux d'acier laminés à froid. Ce sont des biseaux de 300 - 400 m de long, 19 - 25 mm de large; l'épaisseur du biseau est de 0.3 - 2 mm; ce rouleau d'acier est livré traité et poli. La dureté de l'acier est généralement de 40 - 45 HRC. A partir de ces biseaux, et après redressement, de puissants emporte-pièces découpent des centaines de lames par minute. Toutes ces opérations de découpage sont automatisées. Les lames passent ensuite à une opération de meulage pour obtenir des lames micro-dentées. Pour que le prix de revient de ces lames soit le plus bas possible, il est intéressant de partir d'un profil de biseau très proche de la forme finale de la lame. Le manche est réalisé en plastique moulé; cette opération est également automatisée. Cette technologie est utilisée pour la fabrication de couteaux d'office et de ménage économiques. 

- d) LAMES OBTENUES PAR FRITTAGE


  • Nous avons vu dans le chapitre précédent que certaines lames étaient directement obtenues par frittage (Santoku en ZDP-189).