*  LES ACIERS SPECIAUX  *


  • a) Les aciers "Sandwich". Une lame de couteau doit posséder deux qualités contradictoires : Posséder un tranchant acéré, donc être réalisée à l'aide d' un acier fortement carburé et être résistante à la casse, donc, être réalisée avec un acier faiblement carburé. Pour résoudre ce paradoxe, l'astuce technique consiste à prendre en sandwich une feuille d'acier fortement carburé (pour le tranchant), entre deux feuilles d'acier faiblement carburé (pour la résistance). La qualité du résultat est sans appel. Si le principe est simple, la mise en oeuvre est plus délicate car la soudure à la forge est peu évidente. Le catalyseur quasi indispensable est le BORAX. Son rôle est double. En enrobant le métal chauffé, il permet d'atteindre les très hautes températures nécessaires à la prise de la soudure sans que le métal brûle. Et il limite la production d'oxygène et de calamine sur les surfaces à souder et rend, en conséquence, l'opération de soudure, plus aisée.
  • Les aciers"Sandwich" ont été très utilisés par les Scandinaves dans l'élaboration de leurs couteaux haut de gamme. (Helles-Brusletto). 
  • Les Japonais utilisent également cette technique dans l'élaboration de leurs fameuses lames "Sanso" ou "San Mai". Exemple: SUS430/VG-10/SUS430 ou ATS-55/ZDP-189/ATS-55. Cette technique permet d'obtenir une lame en VG-10 Sanso trempé à 62 HRC, et une lame en ZDP-189 San Mai d'une dureté de 67-68 HRC (Lame "Kitano").

  • b) Les aciers "laminés". On part souvent de lames en aciers très durs comme le VG-10 trempé entre 61-62 HRC et qui est utilisé comme âme centrale. De chaque coté de cette lame, on ajoutera alternativement des couches d'acier inox (Généralement 16 couches de chaque coté), souvent austénitique, faiblement carburé, tel que SUS-430 ou SUS- 431. Ces lames sont de nouveau forgées puis subiront un traitement à l'acide suivi d'un polissage final, pour obtenir une finition parfaite, tant sur un point de vue technologique qu'esthétique. Cette technologie est aujourd'hui largement utilisé de par le monde dans la réalisation de couteaux haut de gamme. Citons G.SAKAI, HATTORI, KASUMI, pour les couteaux de cuisine; SEKICUT, MCUSTA, G.SAKAI pour les couteaux de poche, HATTORI et G.SAKAI pour les couteaux de chasse. Tous ces fabricants réalisent des lames en VG-10 laminé 33 couches. Contrairement à l'acier "Damas" qui est réalisé artisanalement, l'acier laminé est produit industriellement à petite échelle  où toutes les conditions de production sont rigoureusement contrôlées et reproductibles. Ici la beauté est un plus. L'essentiel réside dans les qualités mécaniques du tranchant des lames ainsi obtenues. On obtient par cette technique des lames très fines (Plus fine que dans les lames "Sanso") d'un remarquable tranchant et possédant une certaine souplesse.

  • c) Les aciers "Damas".L'acier Damas est obtenu en soudant alternativement des couches d'acier dur et d'acier doux, les unes sur les autres. Le premier travail dans l'élaboration de lames "Damasées" est d'obtenir un bloc d'acier nommée "Trousse". cette dernière est réalisée  en coupant et en empilant les unes sur les autres des barres d'acier de caractéristiques différentes, puis en soudant l'ensemble en un seul bloc. La trousse est ensuite chauffée au rouge, étirée puis coupée en plusieurs morceaux qui sont de nouveaux empilés et soudés. En multipliant ces opérations de pliage et soudage, le nombre de couches suit une progression géométrique. Le nombre de couche optimal pour obtenir un résultat artistique satisfaisant est de 64 à 512 couches. Le traitement chimique par l'acide, produisant des attaques différentes sur ces diverses couches d'acier, produira un dessin sur la lame d'une grande beauté. Une autre technique est celle du damas twisté. Dès que l'on obtient des lames de 4 ou 8 couches, on les chauffe au rouge, on les tord par vrillage, on les forge une dernière fois avant de les tremper. Ces lames une fois limées, travaillées à l'acide sont polies, laissant apparaître des rosaces de toute beauté.
  • Damas Mosaïque: C'est la technique la plus difficile. On part généralement de petites barres d'acier 100 x 10 x 6 mm et de plaque de nickel 100 x 100 mm, 3 mm d'épaisseur. Les barres d'acier sont décapées de tous corps gras puis empilées entre les plaques de nickel. Cette "trousse" est maintenue à l'aide de cordons de soudure.  la trousse est alors chauffée au rouge vif en présence de Borax puis battue au marteau pilon. La trousse présentée ici en photo contient 100 barres d'acier et plaques de nickel. Une fois la première soudure réalisée, la trousse est chauffée de nouveau puis étirée, quelquefois torsadée,afin d'obtenir le motif recherché.
  • Dans ces trois cas, ces lames correspondent à des créations artistiques. Ce sont des oeuvres d'art. Les caractéristiques mécaniques de ces lames ainsi que leurs tranchants sont généralement moyens.
  • Afin de rendre les couteaux à lame "Damas" performants HATTORI fabrique des aciers "Damas" torsadés Inox-Nickel. Il fabrique d'autre part une fine lame en acier COWRY-X trempé à 66 HRC . Cet acier est alors pris en "Sandwich" entre 2 épaisses couches de Damas au Ni. Le résultat est sans appel: ça coupe, c'est beau mais c'est très onéreux ! G.SAKAI utilise une technique similaire utilisant comme âme l'acier SLD (Die Steel) entre 2 couches d'acier Damas twisté.

  • d) Les aciers à lames traitées. Il s'agit d'une projection de nitrure de titane (TiN) ou de carbonitrure de titane (TiNC) sur des lames en acier Molybdène/Vanadium. Ces revêtements se caractérisent par une bonne résistance à la corrosion. En effet, le titane est dur et non corrosif. Son aptitude à se passiver, le rend résistant aux produits chimiques et à l'eau de mer.

  • e) L'acier H1. Tous les aciers utilisés pour la fabrication des lames de couteaux sont du type "Martensitique". La dureté des lames est obtenue par un traitement thermique "La Trempe", permettant d'obtenir une structure de fer martensitique.
  • L'acier H1 est fabriqué grâce à une étroite collaboration entre les aciéries "Myodo" et l'entreprise G.SAKAI.  Ce fabuleux acier est obtenu grâce à la récente technique dite de précipitation austénitique. Composition:  C: 0.15% - Mn: 2.0% - Cr: 16% - Ni: 8.0% - Mo: 1.0% - N: 0.11 - 0.15% - Si: 4.0% . L'acier est porté à 1100°C pendant une heure afin de transformer les cristaux de ferrite "Fer (a)" en Austénite "Fer (g)" (voir chapitre "Trempe"). L'acier subit alors un rapide refroidissement; la température de l'acier est stabilisé entre 650-750°C. A cette température la précipitation austénitique commence formant des cristaux de Fer (g) durs et fins. La faible concentration de carbone évite la formation de martensite. La très forte concentration de Ni favorise la transformation de ferrite en austénite. L'azote (N) joue le rôle de carbone tout en évitant la formation de carbure. Le chrome reste libre et joue donc pleinement son rôle d'anti-oxydant. La dureté est améliorée par écrouissage à froid. La dureté finale mesurée est de 57-58 HRC comparable aux aciers 440 ou 12C27. Le grain de cet acier est fin produisant un bon tranchant. Cet acier est également résistant au choc. Pour ces raisons, cet acier est en train de révolutionner la coutellerie marine.